Les premières fois

L’inauguration de la sexualité adulte ne doit pas être repérée à partir du seul coït et les filles ne doivent pas être les seules à faire l’objet de compassion face à leur « première fois ».

Se donner

Les premières expériences de coït marquent la biographie des jeunes. Mais les véritables enjeux sont ailleurs et il faut se garder ici des idées reçues simplificatrices. La « vraie » première fois, c’est celle qui crée une empreinte durable, heureuse ou néfaste, attachante ou refoulée. C’est celle qui a permis de ressentir du plaisir en « se donnant », en acceptant d’être touchés sans dégoût et sans honte, excités jusqu’à l’orgasme, devant trouver aussi immédiatement les gestes de la réciprocité… Filles et garçons ne s’y trompent pas, ces premières extase provoquées à deux sont l’équivalent d’une initiation, engageant le deuil de l’adolescence… même si elles ne surviennent que très tardivement à l’âge adulte. Le passage entre un « avant » et un « après » n’est donc pas assujetti à la réalité d’un geste aussi « grave » que le coït,  mais à l’intention érogène que l’on investit, par amour ou par curiosité, dans n’importe quel troc sensuel capable * de faire plaisir : le premier vrai baiser, les premières caresses génitales du flirt « poussé », les premières exhibitions de la nudité des sexes, les premiers assauts de l’imaginaire pris à partie par des attouchement obscènes. Quant aux premiers « jeux sexuels » de l’enfance, jugés anodins lorsqu’ils trahissent une simple curiosité anatomique, ils peuvent être aussi impliqués dans le processus d’initiation.

La défloration

C’est parce que les conventions sociales et religieuses fixent leur dévolu sur la sauvegarde de la virginité préconjugale que le premier coït est vécu comme une transgression, facteur d’inquiétude et de culpabilité, surtout chez les filles. À cette morale d’exception fait aussi écho une exagération des signes physiques de la défloration.

Cependant, d’une manière concrète, le franchissement de la fine membrane qu’est l’hymen* n’est que très exceptionnellement intolérable et hémorragique. Trois conditions doivent tout de même être requises : des postures adéquates assurant une mobilité sans fatigue et sans déséquilibre des corps, une érection suffisante permettant de guider la verge au contact de la vulve – temps essentiel dont il faut garantir « à vue » l’exactitude -, enfin, une lubrification suffisante pour minimiser l’inconfort.

Généralement, la durée de l’intromission est très brève et le plaisir que l’on pensait pouvoir partager n’a « récompensé » que le garçon, et encore, à condition que le constat de cette précipitation ne l’ait pas traumatisé ! En réalité, du point de vue sexologique, et non plus gynéco-obstétrical, si l’on confère au terme de « défloration » le sens plus général de passage à une sexualité de type adulte, les garçons sont plus exposés que les filles à être marqués par les séquelles d’un premier coït raté. 11 suffit pour s’en convaincre de rappeler que cette expérience initiale de pénétration vaginale « ouvre » en quelque sorte le programme génétique de copulation : moment crucial, véritable empreinte réflexe, pouvant conditionner tout l’avenir de l’individu, si l’anxiété révélée ici n’est pas progressivement éteinte.

 

Plein d’exemple de témoignages et d’histoires de premières fois