Le désir et l’instinct

les individus à agir intentionnellement, non seulement pour réussir à procréer, mais avant cela, pour se reconnaître et se rapprocher : quelles forces les poussent ainsi à vouloir s’accoupler ?

 

Les besoins innés

Le monde animal vit grâce à trois pulsions essen- j tielles qui assurent sa croissance et sa protection : | la faim, la ruse et la sexualité. La notion d’instinct | indique qu’il s’agit de comportements qui s’impo- j sent, sans avoir été appris, même s’ils évoluent sous l’influence de facteurs alimentaires, climatiques ou écologiques. « Instinctif », cela ne veut pas dire chaotique : l’incitation intransigeante qui excite l’appétit sexuel est puissamment modulée par l’activité ovulatoire de la femelle. Son « rut » est ainsi, pour les espèces à ponte ovulaire cyclique, l’unique période d’acceptabilité du mâle. En dehors de cette brève phase de réceptivité, caractérisée par l’émission de nombreux signaux sensoriels propres à chaque espèce, la voracité sexuelle des mâles est soit réorientée vers d’autres femelles, soit provisoirement éteinte.

Plus on s’élève dans l’échelle zoologique, plus ce schéma s’embrouille. Il implique des empreintes sensorielles néonatales (odeur maternelle, instinct de succion, caresses, toucher d’apaisement). Ces apprentissages précoces vont être complétés par des ajustements posturaux pendant le jeu ; mais ceux-ci subissent déjà les effets hiérarchiques de la socialisation ressentis par les très jeunes enfants. L’instinct n’est plus le moteur unique et généreux de l’action, mais le mobile sous-jacent de « motivations » ; désormais, les passages à l’acte s’opèrent donc en deux temps.

Désir et préméditation Chez l’homme, la prise de conscience de ces forces irrépressibles le fait réfléchir : les passages à l’acte quelles inspirent vont-ils être ou non en conformité avec la Loi ? La parole bouleverse les mécanismes de l’instinct… parce quelle est capable de les décrire. De là surgissent des transformations considérables de l’univers émotionnel lié au sexe : les besoins sont influencés par leur degré de « faisabilité » du point de vue moral et civique. Le sex-appeal s’enrichit d’un langage symbolique tout à fait artificiel mais efficace en termes d’excitation psychosomatique ; l’art est inventé pour fixer dans les mémoires quelques-uns de ces conflits devenus universels, le besoin face à la morale, bref des êtres face à eux- mêmes… L’envie fait place au désir.

Le désir est la face visible d’une mémoire abîmée de l’instinct. Cataloguée, réglementée, censurée, la pulsion sexuelle est « érotisée ». L’érotisme n’est qu’humain. À défaut de liberté, les hommes vont donc s’évertuer à vouloir donner du sens à des besoins sexuels qu’ils redoutent parce qu’ils sont un perpétuel rappel de l’origine bestiale du plaisir. Très tôt de surcroît s’est posé dans notre histoire un second dilemme : que dire, que faire, comment régulariser la question de l’orgasme ? L’orgasme est une émeute que la quasi-totalité des sociétés tentent de réprimer. À l’extrême, à force de dire non à tout, la « désertification » de la sexualité risque bien de déshumaniser ce que l’on pensait civiliser. Heureusement qu’il y a parfois l’amour, pour préméditer du bien-fondé du désir d’avoir envie.

 

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