Les homosexualités

L’homosexualité n est pas « une », mais s’exprime au travers de comportements aussi nombreux et complexes que ceux que partage la majorité hétérosexuelle. Ce thème ne fait pas seulement réfléchir parce qu’il s’agit là des conduites « inhabituelles » les plus affichées. Il interpelle aussi par ses interférences connues dans le devenir de l’adolescence et le statut de la famille.

Chez l’homme

Si l’homosexualité est vécue aujourd’hui à visage plus découvert par une minorité de privilégiés, il reste que les réserves morales et les représentations caricaturales ont moins évolué qu’on se plaît à l’affirmer. C’est notamment l’épidémie de sida qui met en relief les ambiguïtés d’un « seuil de tolérance » face à la population homosexuelle. Ses comportements sexuels sont exhibés à l’index d’une tutelle sanitaire et sociale. Mis à part les problèmes de ségrégation socioprofessionnelle, d’adoption d’enfant et de légitimité d’un contrat de « vie commune », qui relève du Droit, on peut se pencher sur trois questions intéressant la vie quotidienne : la demande de « guérison » de l’homosexualité, le mode de vie érotique et, naturellement, son adaptation obligatoire au contexte épidémique actuel. Périodiquement relancé, le débat sur l’origine « physique » de l’homosexualité fait espérer à des parents effondrés par la « nouvelle » qu’un traitement médical va « guérir » leur fils de sa « funeste » orientation. Il n’en est rien et l’honnêteté des praticiens leur impose un droit de réserve qu’ils ont en revanche le devoir d’argumenter. Chacun sait que l’adolescence paie un certain tribut à l’homosexualité, mais ce « droit de passage » facultatif n’est ni nécessaire, ni définitivement invalidant. N’est pas homosexuel qui veut ! À mi-course, on rencontre des hommes mariés (à des femmes), des jeunes intimidés par les filles, des « obsessionnels » du sexe (hétérosexuels) rejetés par leur milieu. Tous prennent et font courir le plus de risques de prolifération des MST*. Entre hommes, l’amour charnel se vit sur un mode souvent provisoire de boulimie ostentatoire, avec parfois un sentiment de solitude pénible. À l’opposé, de belles histoires d’amour fondent une vie à deux durable et moins clandestine qu’hier.

Chez la femme

Plus secrète et plus discrète, l’homosexualité féminine souffre des mêmes carences de savoir scientifique, des mêmes réprobations de l’entourage familial que le modèle masculin. Elle s’en écarte cependant à propos de deux critères très souvent évoqués. Si un certain « désordre » peut faire scandale dans la multiplication des liaisons, rien ne distingue en réalité les femmes homosexuelles du comportement des libertins de tout poil. Et, bien au contraire, c’est dans le cadre jalousement défendu du couple de lesbiennes que les femmes aspirent au bonheur. Cette envie de vivre en couple est d’autant plus sincère que les risques de contamination vénérienne sont quasi nuis. Les problèmes sont ailleurs : le désir d’enfent, l’adoption, les enfants déjà nés hors mariage, la garde d’enfants du divorce… restituent à l’homosexualité féminine son statut hors norme, source d’une souffrance immense, même si la notion d’homoparentalité progresse vers plus de tolérance.