Les cinq sens

La sexualité est une affaire de sensations, mais les cinq sens, communs à tous les vertébrés, ne sont pas uniformément érogènes chez l’homme. Ce à quoi il faut ajouter d’amples variations individuelles en fonction du talent et de l’éducation.

Toucher du regard

La vue est au commencement et à la fin du désir j sexuel. Selon des conventions secrètes mais rigou- ’ reuses, deux regards qui se croisent disposent d’une « franchise » de 0,8 seconde avant d’exprimer les prémices d’une tentative de séduction. Plus tard, c’est l’intensité du face-à-face qui, les yeux dans j les yeux, fait chavirer l’émotion. Enfin, au stade j de la volupté des corps à corps, l’abaissement des pau- j pières ne marque-t-il pas la fin prochaine de ce par- j cours, tous feux éteints, comme pour regarder en soi-même et mieux en jouir ? j Le toucher donne la réplique à la vue en permettant de griffonner ses sentiments à même la peau. La caresse est d’ailleurs conduite par le regard dans une synergie ] infiniment précise. Et l’œil qui accompagne le geste n’ajuste pas seulement les mouvements et les rythmes | mais soutient les expressions des visages. Le toucher est cependant le seul langage universel ; toutes les autres sensations sont codées, assimilées à une culture. L’ouïe surtout, à cause des mots d’amour qui j ne disent rien aux étrangers, mais aussi parce que selon l’éducation et les tabous, le silence peut être plus ou moins rendu obligatoire. Question de pudeur. Pourtant l’oreille qui danse, l’oreille qui écoute la mer crée une émotion qui n’a pas de frontières. C’est au cœur de l’intimité des couples que l’ouïe échoue, renonce à inventer une communication personnelle… et joue la facilité en passant le relais au tou- ; cher et à ses jeux de mains.

L’odeur du dégoût

Il faut dire que les organes des sens n’ont pas que des fonctions érotiquement joyeuses, mais sont, à l’occasion, les sentinelles du dégoût et du consentement. Cela va de soi pour le regard et l’ouïe, dont les capacités d’alarme à distance sont bien utiles, mais que dire du goût et de l’odorat qui ne s’exercent qu’en situation rapprochée ?

En ce qui concerne le goût, les avis sont formels : l’amour idéal est insipide et sans saveur. Une muqueuse acide, le cheveu sucré, une peau salée ou une lèvre amère sont rédhibitoires.

La question de l’odorat est bien plus complexe car l’envolée érotique permet de convoiter des odeurs que la morale réprouve. Même s’il est bien connu que l’homme a perdu son flair sexuel, l’odorat subsiste au moins aux deux extrêmes des tractations érotiques : tout au début, si la faillite de l’hygiène est trop flagrante, et, paradoxalement, tout à la fin, lorsque la confusion des peaux sollicite encore des odeurs les plus corporelles possible…