Le baiser

Le bouche-à-bouche illustre dans presque | toutes les sociétés et depuis toujours l’intimité sexuelle d’un couple, l’expression du désir et de l’attachement, j Du début à la fin d’une relation, il est le gage le plus sûr et aussi le plus fragile de la sincérité des sentiments.

Les lèvres et la langue

Il existe une variété infinie de contacts de la bouche mais on peut les classer en deux catégories. Le simple appui des lèvres closes, sur le front, la joue, la main, le sexe même (mais aussi le glaive, le drapeau, des livres, des reliques…) reproduit, en majorant leur dimen- ] sion symbolique, des compor- 1 tements d’apaisement et de reconnaissance hiérarchique communs aux primates…

Chez l’enfant, qui explore très tôt I ce langage, ce baiser joue donc un rôle d’éveil, de sécurisation et de conquête de son identité, j C’est l’ouverture de la bouche qui va « révolutionner » le baiser. La langue joue alors le rôle qu’occupe la main dans les caresses, à la recherche d’un mélange des sensations, exprimant par la vivacité des mouvements le degré d’appétit… et de compétence.

Il est un fait que le contact de la salive, le choc des dents, la pénétration « encombrante » de l’«autre langue » titillent le dégoût pour qui ne possède pas correctement l’art d’embrasser. Même si l’amour fait perdre la notion du temps, le baiser fait exception car… il coupe le souffle : rien ne sert d’imposer un « baiser profond » s’il déplaît parce qu’il étouffe,  à tort ou à raison.
La bouche se doit d accompagner aussi le parcours Encore un héritage des doigts sur d’autres zones sensibles du corps. Ses ressources sont nombreuses, du léchage aux mordillements, de la succion à la vibration des lèvres…

 

La voix et le souffle

Embrasser, c’est cependant tout à la fois prendre dans ses bras et dans sa bouche. Le baiser sans étreinte est un décor sans acteurs, une simulation. C’est pour cela aussi que le fait de s’embrasser est aussi expressif : le besoin de se serrer très fort l’un contre l’autre tente d’abolir toute distance entre les corps, mais permet également de déployer l’arc-en-ciel de sensations provoquées simultanément. Embrasser sur la bouche ne sollicite pas seulement l’émotivité tactile des lèvres, mais encore le regard, l’odorat, le goût même et, de façon exquise, l’ouïe.

C’est la musicalité des corps enlacés qui donne son cachet érogène au baiser. C’est exceptionnel.

Même dans le coït, il est rare d’aboutir à cette précision d’écoute du souffle, des râles, des murmures de l’autre, puisque l’attention est massivement détournée du visage.

À ce stade, le baiser doit être un jeu et une capture du souffle à travers la respiration et les cordes vocales qui la sonorisent. Mais il y a aussi le plaisir d’échanger les « bruits d’air » des lèvres qui claquent, les « ronronnements » et les vocalisations les plus archaïques. Le baiser se situe à la pointe extrême de l’intimité érogène, à telle enseigne que des couples qui ne s’aiment plus peuvent encore copuler mais ne s’embrassent plus.