Lettres K & L

Dico de l’amour et des pratiques sexuelles par Jacques Waynberg

Lettre K

 

Kâma  sûtra

Le manuel d’art érotique  le plus célèbre au monde. Il s’agit d’une compilation de textes d’origine indienne, parfois plus que centenaires,  rassemblés et commentés par Vâtsyâyana, brahmane érudit du IV° siècle de notre ère, prônant un érotisme élitiste, réservé au citadin instruit et raffiné, s’inscrivant dans un ensemble d’érudition, politique et économique, que l’on dirait « civique » aujourd’hui.

 

Kegel (exercices de)

Kinésithérapie des insuffisances orgastiques féminines. Il s’agit d’exercices de « musculation » des « releveurs de l’anus », nom qui est donné à des muscles longs et plats qui se déploient à l’intérieur du bassin, soutenant les organes comme dans un hamac, vessie et vagin notamment. Le gynécologue américain Arnold Kegel a observé dès 1948 que le renforcement intentionnel de cette « carène » musculaire pouvait venir à bout de certaines incontinences urinaires*… et augmentait les capacités orgastiques des patientes.

Protocole

Les procédés de  renforcement de cette musculature péri-vaginale – que les américains appellent « P.C. », du nom du principal muscle « pubococcygien » du groupe – se sont considérablement compliqués depuis, passant des simples consignes de « blocage » volontaire du jet d’urine,

à des techniques professionnelles de « rééducation périnéale ».

 

 

 

Lettre L

 

 

Laideur

Jugement de valeur, péjoratif et arbitraire, tant à propos de critères physiques que d’ordre moral. Tout comme le dégoût* dont elle est le versant visuel, la laideur est aussi une alternative à l’agressivité, un sentiment de rejet non-violent, d’exclusion pacifique mais intransigeante, qui permet de réduire la saturation de désir que déclenche la promiscuité.

 

Ironie et moquerie

L’impertinence des quolibets et des railleries que se lancent entre eux les adolescents n’est pas un vain jeu de sarcasmes, mais l’apprentissage de l’usage de la moquerie comme étalon de la distance sociale. Ce calibrage de l’intervalle de tolérance entre les êtres ne cessera pas à l’âge adulte, mais il sera simplement tenu au silence.

 

La Peyronie (maladie de François Gigot de)

Cette « induration plastique du pénis » porte le nom du propre chirurgien de Louis XV qui en a fait la première description en 1743. Maladie de l’homme âgé, encore mal connue et incurable,  qui se caractérise par la formation de plaques dans les enveloppes de la verge, qui se durcissent, la déforme, l’incurvent, la rapetissent, rendant les érections quasi-impossibles et pénibles.

 

Lapin

Allusion argotique à la bougeotte perpétuelle de ces mammifères domestiques, pour signaler par l’absurde qu’il est tout aussi utopique de « poser » un lapin, que d’assurer un rendez-vous.

 

Lapinage

Terme de pensionnat de garçons du XIX° siècle désignant le penchant de l’un d’eux à masturber ses camarades, soit sous la contrainte, soit par amour du vice.

 

Lascif

Qualifie un penchant impudique pour la sensualité suggestive des mouvements du corps : la danse, la démarche, le déhanchement, le balancement de la tête sur l’épaule, l’élévation des bras, les rotations du poignet… s’inscrivent dans ce répertoire de gestes universellement connus et reconnus de la tentation.

 

Latex

Résine élastique tirée de l’arbre à caoutchouc. Matière première naturelle d’une très large panoplie de parures fétichistes* ( slips, culottes, soutiens-gorge, bermudas, bas, combinaisons, jupes, robes, pantalons, cagoules*, masques…). Les inconditionnels de la finesse lisse et glacée du latex dédaignent la rudesse « amidonnée » du caoutchouc artificiel, et réciproquement.

Vinyle

Composé chimique noir et inodore qui servit au pressage des disques d’enregistrement musical… et qui ne cesse de conquérir une mode fétichiste aussi  inventive que celle des modèles en latex.

 

Lavement

L’administration d’une quantité de liquide dans le rectum est pourvoyeuse pour ses adeptes, d’intenses sensations érogènes de réplétion, suivies du bonheur de la délivrance, dont l’impunité permet ici de régler ses comptes avec une enfance sans doute trop sévèrement punie pour ses souillures…

Voir aussi Enéma.

 

Lécher

Désigne toutes les caresses que les dix sept muscles de la langue peuvent offrir, de sa pointe agile, aux plongeons en pleine bouche : la plus riche composition qui soit de flatteries salivaires.

 

Lesbienne

Qualifie l’amour entre femme depuis la Révolution, avant d’être mis en concurrence avec la terminologie sexologique « d’homosexuelle » fin XIX°.  Allusion à l’île grecque de Lesbos en mer Egée, où vécut Sappho au VI° siècle avant J.-C., poétesse légendaire,  amoureuse lucide et rebelle. Voir aussi Tribade.

 

Leucorrhées

Littéralement il s’agit de « pertes blanches », qui coulent du vagin, dont la quantité, la régularité, la couleur, la consistance, l’odeur… sont  l’insigne du fonctionnement normal des organes génitaux, ou d’une affection gynécologique.

 

Lévirat

Institution traditionnelle en Afrique, commentée aussi dans la Bible, qui prescrit le remariage d’une veuve avec un frère cadet de l’époux qui vient de mourir. Un tel dispositif restitue à la femme sa place au sein de sa belle-famille, sauvegarde sa sécurité matérielle et celle de ses enfants. Voir aussi Onanisme.

 

Lèvres vulvaires

Les deux bourrelets charnus et les deux fines lames de peau qui entourent l’entrée du vagin constituent les « grandes » et « petites » lèvres (appelées aussi les « nymphes »). Ces replis forment la partie bombée de la vulve* et présentent une élasticité, une forme, une coloration, une longueur, une épaisseur et une aptitude à se congestionner une fois excités, qui sont infiniment variables d’une femme à l’autre, et chez une même femme, étroitement dépendants des cycles hormonaux et du vieillissement.

 

Levrette

Nom commun de la femelle du lévrier, que l’argot adopte pour décrire une position du coït où le sujet « réceptif » est à quatre pattes… comme un carnivore.

 

Libertin

Du latin libertinus : l’affranchi, l’esclave qui vient d’être libéré. Un même adjectif qualifie trois formes de libéralisme à trois étapes de l’histoire : le libertin du XVII° siècle est un intellectuel « engagé », sceptique à l’égard de la Foi, et persécuté ; au siècle de Louis XV le libertinage est avant tout non-conformiste, mais assez érudit pour dévergonder les mœurs avec raffinement ; l’étiquette moderne n’appelle à considérer hélas qu’un goût pour une débauche inesthétique, la satire d’une sexualité anonyme.

 

Libido

Synonyme savant de l’aspiration au plaisir et des pulsions érotiques.

 

Psychanalyse

Le dogme d’une « pulsion de vie », primordiale, d’une « énergie psychique » originelle, culminant les tendances sexuelles, prônée par Carl Gustav Jung (1875-1961) divise les psychanalystes, puisque la doctrine héritée de Sigmund Freud (1856-1939) oppose à cette conception plurielle, une libido ne mobilisant, dès l’enfance, que la quête douloureuse d’une unité sexuelle introuvable.

 

Lien

Terme à double sens. Suggère d’une part l’attachement, qui s’instaure dans l’amour, qui unit la famille, qui forge l’identité d’une « tribu », qui s’imagine dans la fusion érotique, et, d’autre part, désigne tout accessoire utilisé dans le bondage* associé ou non à des protocoles S/M*.

 

Ligature

Procédé d’envoûtement, hostile et démoniaque, qui participe depuis la nuit des temps à une érudition alliant intimement magie et sexualité. Fruit d’une jalousie féroce, ce maléfice vise à rendre une union inconsommable, en « barrant » le sexe de l’épouse et, « nouant les aiguillettes » à rendre le mari impuissant.

Stérilisation

L’ironie du mauvais sort veut que la section des canaux déférents – où transitent les spermatozoïdes – ou chez la femme celle des trompes utérines*, rendant le couple définitivement stérile, se nomme aussi « ligature ».

 

Limer

Faire l’amour. Allusion figurée des mouvements réguliers et opiniâtres du coït.

 

Linge de corps

Pièces de sous-vêtements masculins,  dont les « tricots de peau » et les débardeurs sont dans l’imagerie populaire des vestiges cinématographiques, imprégnés de sueur et de misère ouvrière. Supplantées désormais par la mode anglo-saxonne des Tee-shirts, et des shorts.

 

Lingerie

Parure féminine à fleur de sexe, qui de frous-frous en guise de trompe-l’œil, en dentelles pour guêpières filigranées, jette K.O. au tapis le regard masculin qui s’y risque.

 

Lit conjugal

Théâtre où se perpétue la tradition du vaudeville matrimonial.

Lits jumeaux

Le comble de l’autoportrait de la misère érotique conjugale.

 

Lochies

Ecoulement d’origine utérine qui suit naturellement l’accouchement et qui dure de deux à trois semaines. Ces « pertes » peuvent irriter les muqueuses et les souillent, faisant obstacle chez beaucoup de femmes à la reprise précoce des coïts.

 

Lolita

Prénom de l’héroïne d’un roman à intrigue pédophilique très célèbre de Vladimir Nabokov (1899-1977) – écrit en 1955, il ne put vaincre la censure qu’en 1959 – mettant en scène une adolescente espiègle et délurée,  créant, depuis, le mythe des fillettes initiées, des « nymphettes » joueuses…

 

Look

L’apparence, le style, une allure et une tenue vestimentaire particulièrement « branchées ».

 

Love (être)

Confidence de lycéenne qui dit être amoureuse. Ces deux syllabes anglaises sont parmi les plus usitées au monde pour désigner l’amour et l’érotisme, cinéma et téléfilms américains obligent.

 

Lubrification

Mécanisme réflexe de transpiration, « transsudation » pour être plus précis, de la muqueuse vaginale, la tapissant d’un film visqueux translucide qui favorise le glissement indolore de tout corps étranger qui s’y enfonce.

Lubrifiant

De très nombreuses circonstances (des infections génitales aux sévices de la ménopause) perturbent « l’écosystème » de la flore vaginale* et entravent la lubrification : le recours à des agents lubrifiants artificiels est ainsi de bon aloi, afin d’éviter les risques de dyspareunie*.

 

Lune de miel

Première nuit d’amour, le soir des noces. Dans les sociétés à prohibition sexuelle préconjugale le rituel du mariage célèbre aussi la défloration de l’épouse, « dépucelage* » qui ne va pas forcément de soi et qui laisse des traces pénibles dans la mémoire.

 

Continence religieuse

Outrepassant les règles de continence liées au sang menstruel par exemple, les clercs du 4° Concile de Carthage, en 398, ordonnent de surcroît aux époux de surseoir à la consommation du mariage lors de la nuit de noces, par égard pour la bénédiction qu’ils viennent de recevoir… mais le conseil n’est-il pas

aussi une manière de prévention des séquelles d’assauts viriles trop brutaux ?

 

Lupanar

En argot de la Rome antique lupa, la louve, est l’animal totémique de la prostituée, donc un lupanar n’est autre qu’un « bordel » en latin.

 

Luxure

Il s’agit des excès de créativité érotique, de dévergondages à profusion – l’un des sept « péchés capitaux », autant dire une haute trahison – mais le vice ne se laisse pas domestiquer sans talent, la débauche n’est obscène que dans le luxe : la luxure est donc un péché de riches.

 

Lyrisme        

Interprétation poétique, romantique, attendrie et heureuse, d’une histoire d’amour, ou son évocation.

 

Lysistratisme

Désigne l’état de rébellion d’une épouse qui fait la « grève » du devoir conjugal. L’exemple est inspiré d’une comédie du poète grec Aristophane, « publiée » en 411 avant J.-C. intitulée Lysistrata : lasses de la guerre qui se poursuit à Sparte, des épouses vont faire pression sur leur soldat de mari, en les privant du « repos du guerrier »… la paix des ménages, en somme.

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