Lettre D

 

Dico de l’amour et des pratiques sexuelles par Jacques Waynberg

Danger

Imminence d’un risque menaçant. L’épidémie de Sida* a profondément marqué les représentations collectives de la sexualité en y imprimant la notion de risque mortel. L’effroi est d’autant plus alarmant que le danger est invisible, qu’aucun signe extérieur ne trahit la séropositivité*.

 

Danse

Langage musical des corps. La gestuelle rythmée est à la base du coït*, dont le rendement émotionnel est largement tributaire de la synchronisation des mouvements du bassin. La caresse elle même est le reflet d’un talent chorégraphique irremplaçable. Sacrée ou profane, folklorique ou musette, la danse est la plus jolie médiation entre les corps et  le désir qu’elle peut alors érotiser.

 

Débutant

Noviciat du garçon en matière sexuelle. Période à haut risque de déceptions et de bévues : les premiers coïts se soldent naturellement par une précipitation de l’éjaculation, aussi inattendue qu’anodines, qui décourage et culpabilise plus d’un candidat à l’extase, face à une partenaire elle aussi en rodage et déçue.

 

Décalotter

Tirer sur la peau qui recouvre l’extrémité de la verge (prépuce*) pour libérer le gland. En dehors de malformations mineures (phimosis*), la peau est très mobile sur une verge en érection et coulisse facilement lors des pénétrations ou de la masturbation, exposant alors une muqueuse capable de révéler toute sa réceptivité érogène.

Toilette

La zone de jonction entre le gland et la verge forme un petit renflement circulaire dans le sillon duquel s’accumule naturellement un dépôt de cellules mortes de la peau du prépuce appelé « smegma ». Le lavage de cette « boue » cellulaire grasse et malodorante est une tâche maternelle dès la prime enfance, et un devoir d’hygiène biquotidienne chez l’adulte.

 

Défloration

Rupture de l’hymen* lors d’une pénétration vaginale, sexuelle ou instrumentale. Chez la vierge timorée et « nunuche », l’épreuve est redoutée parce qu’elle est réputée douloureuse et sanglante. En réalité, l’infinie variété anatomique de l’hymen ne permet jamais de prévoir dans quelles conditions il va s’effacer pour libérer les voies naturelles de la sexualité.

Consentement

En milieu urbain une fille sur dix au moins avoue n’avoir pas consenti à sa défloration, et pour un tiers des mineures de 18 ans, le premier coït sert de « ticket d’entrée » dans la vie adulte, plutôt que d’un réel investissement sensuel. Immaturité qui contribue à rendre détestables les souvenirs de cette défloration hâtive et opportuniste.

 

Dégoût

Sentiments de répulsion, d’aversion, d’écœurement, qu’inspire l’instinct de survie, mis en alerte par des signaux sensoriels appartenant à un répertoire génétiquement programmé. A un moindre degré, les dégoûts alimentaires ou la répugnance qu’inspirent les organes sexuels, leurs sécrétions et leur fragrance, relèvent de choix culturels et éducatifs, mais obèrent les perspectives d’épanouissement érotique.

 

Délinquance

Ensemble des comportements asociaux, eu égard au consensus qui en établit la mise à jour en fonction de l’évolution des mentalités et des du pouvoir politique du moment.

Criminologie

La délinquance sexuelle colle intimement aux facteurs criminogènes généraux, qu’il s’agissent de la brutalité des jeunes entre eux,  ou des violences commises dans le huis clos familial par exemple : la perversion* est un indice d’exclusion et d’inadaptation socio-économique, avant d’être un diagnostic psychiatrique permettant au corps social de se défausser de toute responsabilité.

 

Dents

Organes de la mastication et de l’élocution. La dentition participe à l’expression du sourire et à l’esthétique globale du visage. Mais outre sa valeur symbolique, liée par exemple aux empreintes de la succion du sein maternel ou à la perte des dents illustrant l’imminence de la mort, la dentition est sexuellement mobilisée dans tous les jeux de bouche, du baiser à la morsure.

Ethnologie

Colorations et mutilations des dents « de façade » sont habituelles dans de nombreuses ethnies, montrant que la dentition est une valeur ajoutée à l’élégance et une marque hiérarchique : couronnes en or, laquage, incrustation de pierres précieuses, extractions et limages abrasifs.

 

Dentelle

Textile ajouré et très délicat qui est associé dès le XVI°siècle à l’étiquette royale et se portent aussi bien par les hommes que par les femmes, autour du cou ou des poignets, sur les coiffures, en volant, en ruché ou en drapé… Au développement de la dentelle « mécanique » correspond en 1858 la création de la Haute Couture, et dès lors, d’une mode féminine qui s’en empare et en fait son fleuron : douceur et transparence créent une lingerie aussi admirable qu’un bijou.

 

Dépression

Etat mental caractérisé par une profonde tristesse. Sexuellement, la « déprime » s’allie à la fatigue et à l’anxiété pour mettre rapidement en faillite le désir et ses manifestations physiques, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. La vie privée est provisoirement en berne.

Voir aussi antidépresseur.

 

Dépuceler

Equivalent argotique de la défloration depuis le XVII°siècle. La langue contemporain des cités lui préfère désormais le verbe « dévierger », encore plus explicite.

 

Désir

Versant conscient du besoin. « Face visible de l’iceberg », le désir naît de la nécessité de mettre en forme convenue, de communiquer, annoncer, expliquer, révéler ce qui relève de la pulsion de faim, de soif, d’orgasme, autant dire de vie.

Voir aussi frigidité.

 

Dessin animé

Prise de vue de 24 dessins par seconde, offrant à l’œil l’illusion du mouvement. Ainsi, la « bande dessiné* » devient-elle un dessin animé réaliste – un cartoon – qui, dans le domaine de la sexualité, s’inscrit dès les années 1920 aux Etats-Unis comme alternative burlesque et parfois même coloriée (gouachée à la main) aux thèmes beaucoup plus conventionnels des « films de bordel » en noir et blanc.

 

Dessous

Au pluriel, les dessous résument cette lingerie féminine qui se porte comme une seconde peau sous les vêtements et que la mode rend éblouissante pour que les corps enjolivés aveuglent le regard des hommes.

 

Dessus

Evocation usuelle des diverses postures du coït qui placent la femme à califourchon au-dessus de son partenaire, et qu’Andromaque, Reine de Troie au XIII°siècle avant J.-C., rendit légendaire au bon plaisir d’Hector, avant que le sort des armes ne lui soit funeste.

 

Détachement

Crépuscule du sentiment amoureux composé de deux mouvements, l’un d’abandon et l’autre de renoncement, qui concourent à installer les conditions de l’oubli, sans peine et sans regret.

Epilogue

Les manières de sortir d’une histoire d’amour sont aussi nombreuses que celles qui ont permis d’y entrer, mais la désinvolture et l’indifférence affichées lors d’une rupture sont particulièrement douloureux pour le partenaire déchu.

 

Détumescence

Retour à l’état de flaccidité de la verge. La perte de l’érection est physiologique et invincible dans les secondes qui suivent l’éjaculation, mais elle constitue également le signal d’une cassure inopinée de l’excitation, ramollissant la verge plus ou moins vite, plus ou moins complètement, mettant un terme prématuré aux opérations en cours.

Conduite d’échec

La dérobade de l’érection représente l’autre volet de l’impuissance* et accompagne très souvent la débandade de la confiance en soi et l’exode du plaisir.

 

Dévisager

Traduire et interpréter les mimiques compte au nombre des signes non verbaux de l’expression incontournable des consentements et des répulsions.

 

Deuil

Perte irrémédiable. « Faire le deuil » c’est à titre posthume tenter de se détacher d’une histoire qui se vantait d’être insubmersible… Chaque rupture met ainsi en marche ce processus d’oubli qui n’est jamais qu’une manière détournée de reconstruire son amour propre.

 

Déviation

Qualifie des comportements non admis par le corps social et qui obéissent plus à un défoulement incontrôlé qu’à une structure obscène de la fonction érotique, autrement dit plus proches des conduites perverses criminogènes.

 

Diaphragme

Accessoire de contraception locale féminine dont la première description date de 1882 : disque de latex, bombé en coupole et maintenu sur un cercle plus rigide, qui permet l’insertion dans le fond du vagin et l’obturation du col. A l’action de barrière mécanique il est conseillé d’ajouter un spermicide* ce qui rend la méthode encore plus contraignante et démodée face aux autres méthodes de contraception.

Diaphragme vaginal

Malformation congénitale touchant 1 femme sur 80 000 environ : il s’agit d’une cloison qui barre en travers la cavité vaginale.  Neuf fois sur dix l’obstacle est incomplet et n’est pas une cause de stérilité, mais de dyspareunie* imputée à tort à un hymen trop robuste.

 

Dicton

Sentence populaire qui « dicte » de façon imagée et plus ou moins triviale,  une règle de conduite ou une opinion communément admise, notamment dans le domaine des relations entre les hommes et les femmes, ainsi que les suspicions réciproques qui les animent.

 

Différentiation sexuelle

Ensemble des mécanismes qui, de la fécondation à l’âge adulte, aboutissent à la construction harmonieuse de la masculinité ou de la féminité.

Le genre

Les auteurs américains nomment « dysphorie de genre » des états d’indétermination sexuelle, non pas anatomique mais bien psychologique : des goûts vestimentaires aux convoitises érotiques, les limites du genre masculin ou féminin se fondent ici dans des contours très estompés.

 

Digue dentaire

Carré de latex de 152 x 152 mm de côté utilisé par le chirurgien-dentiste comme mini-champ opératoire pour isoler les dents voisines et protéger la muqueuse des gencives…Dans les milieux lesbiens adeptes du safer sex* on en préconise l’usage lors des pratiques oragénitales*  surtout pendant les règles, dont le sang aggrave le risque de transmission du VIH*.

Digues non latex

Feuilles en élastomère synthétique pour les allergiques au latex. Sans odeur de caoutchouc et tout aussi résistantes à la déchirure.

 

Dilatations

Le goût pour les pénétrations extrêmes passionne autant les hommes que les femmes : le fist* en est témoin. Après une phase « d’apprentissage », l’élargissement de l’orifice vulvaire peut atteindre huit centimètres de diamètre… ce qui correspond aux mensurations exigées pour l’intromission du cul d’une bouteille.

 

Distillation

L’excitation érogène, vécue ou imaginée, déclenche des sécrétions issues des glandes urétrales, destinées à faciliter ultérieurement le passage du sperme. Cette « lubrification » apparaît à l’orifice du gland sous forme d’un liquide transparent et visqueux, dont l’abondance est très variable, mais des novices peuvent la confondre avec l’éjaculation… et perdre leur érection.

Prophylaxie

« Lavant » le canal de l’urètre sur son passage, cette sécrétion n’est pas toujours inoffensive : elle peut recueillir des spermatozoïdes datant d’une éjaculation toute récente, ou des virus, justifiant les recommandations concernant l’usage du préservatif dès le début du coït.

 

D.i.u.

Abréviation de « dispositif intra-utérin », voir stérilet.

 

Divorce

Dissolution du mariage civil prononcée au terme d’un jugement. La notion de « consentement mutuel » offre en droit français une possibilité moins conflictuelle de rompre une union, mais si le désaccord porte aussi sur des frustrations d’ordre sexuel, la procédure « pour faute » est inévitable.

Divorcée

Le nombre croissant de femmes vivant seules, de familles « monoparentales », n’efface pas totalement l’opprobre du divorce. Les difficultés matérielles et la solitude rendent plus nécessaire que jamais la quête d’un remariage.

 

Doigt de cour

Expression de la poésie libertine du XVIII° siècle, qui désigner le médius, le doigt du milieu, le majeur, le plus long, le plus estimé des cinq, puisque c’est lui qui parraine la masturbation féminine.

 

Domination

Ensemble des pratiques d’assujettissement des soumis*. Le rapport maître-esclave est cependant régit par une réciprocité des bénéfices érotiques et ne peut pas être confondu avec le sadisme*. Si la véhémence physique et verbale est le dénominateur commun de ses rituels, du spanking* au bondage* par exemple, elle n’atteint pas la brutalité des sévices du S/M*.

 

Don

D’une part, l’abandon et le lâcher prise, l’offrande de soi en toute confiance et, d’autre part, la générosité et le dévouement au plaisir d’autrui : deux aptitudes primordiales de l’art d’aimer.

Don juan

Personnage romanesque qui a inspiré, dès sa première apparition littéraire espagnole en 1620, bien des convoitises pour son libertinage et pouvoir séducteur ; c’est surestimer l’individu dont la futilité et les inhibitions* renvoient plutôt au diagnostic d’hystérie* masculine.

 

Dandy

Désigne au XIX° siècle un homme d’une coquetterie maniérée et pleine d’affectation, dont la

séduction est bien trompeuse, car tous les exemples historiques d’Alcibiade à Baudelaire, de Brummel à Oscar Wilde, n’ont laissé que des femmes dépitées par leur médiocrité amoureuse.

 

Dos

Des épaules aux fesses une vaste étendue de peau lisse et de muscles, parfois parcourue par la chevelure, raconte dans ses volumes et ses postures toute l’histoire du corps, et c’est cette mémoire qui la rend si avide de caresses.

 

Double pénétration

Il s’agit pour une femme de consentir à être pénétrée simultanément par coït et sodomie, mais l’expression convient aussi à une masturbation concomitante vaginale et anale. La « double » désigne aussi l’intromission synchrone de deux verges dans le vagin ou par sodomie. La double fellation n’est pas nommée.

 

Douceur

Qualité première des attitudes et des gestes amoureux. Opposée à la vigueur brutale des étreintes, la douceur d’un sourire ou d’une caresse rythme le déroulement habituellement trop désordonné  de l’excitation, donne une respiration à l’enchaînement des gestes.

 

Douche

Accessoire de salle de bain très fréquemment convoqué avec succès pour déclencher les premiers orgasmes « clitoridiens » chez des femmes en stage de découverte.

 

Douleur

Sensation qui fait souffrir. La volupté n’est autre que de la douleur qui fait plaisir, puisque des perceptions aussi opposées naissent pourtant des mêmes capteurs sensoriels, traversent les mêmes structures neurologiques jusqu’au cerveau, où elles sont enfin triées selon l’usage qu’il veut en faire.

Seuil

Le niveau d’intensité supportable d’une douleur provoquée intentionnellement dans un rituel S/M* est bien supérieur à celui qui déclenche un réflexe instinctif d’autodéfense.

 

Drag queen

Diminutif de « dragon » : homosexuel outrageusement travesti. Né dans les milieux ouvriers anglo-saxons ce transformisme* exubérant se veut une sous-culture authentique, avec ses rites de passage et son cérémonial. Cette parodie esthétique d’une féminité « glamour* », saturée d’hétérosexualité, se rapproche ainsi du transsexualisme*, en interpellant le clivage habituel « homo/hétéro » jugé incapable de rendre compte de telles nouvelles options d’identité sexuelle.

 

Drague

Chasse à cour de partenaire.

 

Drogue

Substance d’origine naturelle ou chimique dont l’incorporation déclenche des modifications physiques et/ou mentales, mais aussi une assuétude plus ou moins invincible.

Dopage

Les toxicomanies hallucinogènes (y compris l’alcool et les médicaments) peuvent déclencher un dopage de l’activité sexuelle, mais il est provisoire et cesse dès que la dépendance prend le pas sur tout autre motivation.

 

Dysfonction

Terme générique de tous les troubles de la sexualité sur leur versant physique. « Dysharmonie » peut être employé pour qualifier des désordres relatifs à la communication et aux sentiments.

 

Dysménorrhée

Phénomènes douloureux qui précèdent et/ou accompagnent les règles. Le symptôme gynécologique à la fois le plus fréquent… et le moins respecté par les compagnons d’alcôve, pourvoyeur ainsi de disputes et d’incompréhension.

 

Douleur pelvienne

Ces douleurs liées au cycle menstruel ne sont cependant qu’un aspect d’un vaste catalogue de souffrances du « ventre », désespérément énigmatiques, que le jargon médical qualifie d’algies pelviennes « essentielles », avouant ainsi que nul ne les comprend.

 

Dysorgasmie

Signale le caractère instable et inachevé de l’accès à l’orgasme féminin. Le plus souvent s’applique à la quête de la satiété orgastique lors du coït, alors que la masturbation y concourt déjà.

 

Dyspareunie

Il s’agit d’une définition globale de toutes les circonstances qui, aussi bien chez l’homme que chez la femme, rendent les procédures érotiques pénibles, quelles qu’elles soient, des simples caresses aux insertions.

Inhabileté

Si les traitements médicaux des fauteurs de troubles sont  parfois sans effet, c’est parce que l’on a méconnu l’incompétence notoire des plaignants, dont la gaucherie peut faire aussi mal qu’une cicatrice.

 

Dysurie

Douleur en urinant, témoin habituel d’une cystite*.

 

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