Faire l’amour en pleine conscience

– Média –

Je suis une fille, j’ai 25 ans. J’ai eu plusieurs expériences spirituelles dans ma vie (pratique religieuse, médiation, spiritualité alternative) mais je n’avais jamais entendu parler du tantra jusqu’à très récemment. En rencontrant Deva Broncy, sexothérapeute et animatrice de stages de tantra, j’ai découvert tout un monde que je ne soupçonnais pas. Grosso modo j’ai appris qu’une relation, une union sexuelle pouvait me procurer un bonheur et un épanouissement bien au-delà de tout ce que j’avais pu vivre ou imaginer. 

 

 

Certes j’aime passer du temps avec des hommes au lit. Pourtant toutes mes nuits accompagnées ne sont pas “folles”. J’aimerais bien qu’elles le soient plus d’ailleurs. Je sais que tout est une question de mental, de bon-vouloir, de lâcher-prise, de représentations, d’animalité un peu aussi, mais je pense qu’il y a encore trop de barrières qui m’empêchent d’expérimenter cette sexualité d’un autre ordre.

Je pense à plusieurs trucs :

  • Pendant l’acte, il y a plein de choses que je n’ose pas dire à mon partenaire : “là j’aimerais beaucoup que tu me caresses”, “là je n’avais pas envie de te sucer aussi longtemps”. Ou encore “j’ai envie de parler avec toi, que tu me fasses des compliments ou alors de t’en faire, mais j’ai peur de paraître trop “nian-nian”.
  • C’est tellement dur de savoir ce que pense l’autre pendant l’acte (et avant et après d’ailleurs 😅). Je sais pertinemment que quand on dit « oh oui c’est bon » ça ne l’est pas forcément. J’utilise moi-même rarement des bons mots pour dire ce que je ressens.
  • Souvent je ne sais pas trop si je dois demander à mon partenaire s’il aime, si je ne lui fais pas mal, s’il est bien installé etc. Ta tête n’est pas tordue ? Tu veux un coussin ?

Moi je crois que j’ai été habituée dans mon éducation à être un peu trop polie, à trop me soucier du bien-être des autres. Dans la vie c’est une de mes plus grandes qualités, je suis serviable et altruiste, mais au lit, l’être trop, ça ne va pas ! Je le vois bien, plusieurs partenaires m’ont dit d’arrêter de demander sans arrêt si tout allait bien etc. Quand mon partenaire s’occupe de moi, je ne veux pas que ce soit trop long pour lui, j’ai peur que ça le saoule donc je ne profite pas autant que je le pourrais. C’est trop dommage !

 

 

Autre chose, si mon partenaire me dit une fois j’aime ça, est-ce que ça veut dire que je dois lui faire à chaque fois ? Et si jamais il  m’avait dit ça pour me faire plaisir… ah le sexe… Ce n’est pas si simple !

Et la simulation…je sais que ça peut enclencher un cercle vicieux et pourtant je le fais.

En ce moment, quand je fais l’amour c’est avec des partenaires que je rencontre souvent le soir-même. Bon, ces parties nocturnes ne sont jamais complètes. En fait, c’est peut-être de l’amour qui me manque ? Mais tu peux tout à fait aimer ton amant d’une nuit, encore heureux ! Ce que confirme  le tantra d’ailleurs. Si j’ai envie de ce garçon que je croise ce soir, si je fais l’amour avec lui en toute conscience, alors c’est magnifique. Il faut juste que ce ne soit pas de la pure consommation, mais le résultat d’un vrai désir.

Deva m’a donc expliqué ce qu’était le tantra, et franchement ça a éveillé quelque chose en moi. Je sens que ça peut me faire du bien de spiritualiser le sexe plutôt que de l’intellectualiser comme j’ai tendance à le faire. Je pense que c’est comparable à ce que la méditation et l’introspection ont pu m’apporter à différents  moments de ma vie.

Si je me dis que je dois voir chaque relation sexuelle comme une union d’énergies et une expérience spirituelle, whaou, la sexualité est d’un tout autre niveau.

Comment faire en sorte que notre sexualité nous rende plus heureux ?

Deva m’a expliqué clairement et justement ce que le tantra peut apporter dans la vie autant à l’épanouissement sexuel que personnel. À vos chakras !

 

À la base le tantrisme est une philosophie

 

On associe trop souvent le tantrisme à une “pratique” sexuelle, alors qu’il s’agit d’un courant spirituel, ici j’entends spiritualité au sens d’accomplissement de soi, de réalisation de sa nature véritable. Cette philosophie est originaire d’Inde au Moyen Age.

 

Un des principes de cette philosophie est la non-dualité. Je ne peux pas avoir le bonheur sans malheur par exemple. Le tantra aide à ressentir dans son corps et dans sa tête le fait d’avoir faim, chaud, froid, d’être excité, en colère etc. La conscience va nous permettre d’unifier les énergies contraires qui nous traversent. La conscience n’est pas quelque chose d’abstrait. La conscience est décrite dans le tantra comme en union sexuelle avec l’énergie.

Ainsi selon le tantra la quête de notre nature profonde est  alimentée par l’énergie sexuelle. La sexualité, entendue comme tout ce qui donne du plaisir, ne se limite pas aux parties génitales et est aussi très différente de la procréation. La sexualité est profondément spirituelle pour le tantra car c’est en expérimentant du plaisir que je peux mieux percevoir la nature de la conscience décrite comme extase ou comme jouissance infinie. C’est assez dur d’expliquer tout ça très simplement, j’espère que c’est plus ou moins clair.

Ainsi le tantrisme est une philosophie rebelle et transgressive. En Inde le tantrisme, à son époque médiévale, nie les distinctions de castes et affirme que le corps, le plaisir, le désir, la jouissance sont des moyens d’arriver à la réalisation de soi.

Détail d’un décor tantrique sculpté sur les murs du Lakshmana. Temple à Khajuraho. Par Jean-Pierre Dalbéra

 

La sexualité en tant qu’énergie est donc un attribut de la conscience. Par la pratique du tantra, on cherche à élargir la conscience. Le sexe est une des énergies fondamentales de l’être humain.

 

Les différentes pratiques

 

Actuellement il existe une multitude d’approches du tantra.

  •     L’approche classique par l’étude et la connaissance des textes canoniques et grâce à l’aide d’un maître ou d’un guru (assez rare).
  •     Par la pratique du yoga ou du kundalini yoga, on s’appuie sur un aspect plus énergétique que charnel.
  •    Ou bien encore par la pratique du néo tantra qui intègre notamment des pratiques d’éducation sexuelle, de thérapie corporelle, de techniques taoïstes ainsi que des méditations. L’idée est de déculpabiliser, réhabiliter le plaisir, ré-enchanter le rapport au corps, la capacité à jouir, à avoir des orgasmes de meilleure qualité. C’est d’ailleurs cette branche qui est la plus connue en Europe et aux USA. Et dont je vais parler maintenant.

 

Le néo-tantra

 

Tout l’objectif est le déconditionnement, la prise de conscience de nos croyances limitantes, de tout ce qui nous empêche d’accéder à l’énergie orgasmique. On va donc chercher à augmenter notre énergie disponible, par de la danse, des respirations, des sons, des sensations corporelles inattendues, des expériences poétiques, esthétiques inhabituelles etc. Dès lors, la réalité est perçue différente, plus vaste, plus jouissive, plus instantanée.

 

Nana Cantú

 

Par ailleurs, le néo-tantra intègre une grande part d’éducation sexuelle et propose également des massages. Le groupe est très important en tantra pour créer une forte énergie commune qui va permettre aux participants d’arriver à l’extase, je vous l’ai dit le tantra est transgressif.

Mais le tantra n’est pas non plus synonyme de libertinage ou d’orgie, dans le sens où les participants ne sont ni dans le prendre, ni dans l’exaltation de leur névrose sexuelle. En général un stage de tantra est très cadré, on y veille au respect, au consentement, aux limites, les prédateurs ou prédatrices ne sont pas les bienvenues.

 

Quelques principes du tantra qui peuvent nous aider à mieux vivre notre sexualité

 

Premier principe : la présence. Dans la sexualité tout ce que je fais, je le fais en présence et en conscience. Pour cela j’ai besoin de calme, de lenteur, d’être dans un état méditatif. Le tantra débarrasse la sexualité de ses objectifs de performance tels que la norme patriarcale les impose. On ne cherche rien, ni à jouir ni à faire jouir, ni à se rassurer narcissiquement sur ses compétences, ni à aimer ou être aimé.

Dans la sexualité tantrique les amants sont justes à l’écoute de leurs sensations, ils les savourent, ils s’abandonnent totalement à ce que le jeu de leurs 2 énergies va engendrer.

Ainsi le tantra promeut une sexualité de la lenteur. Avez-vous entendu parler de slow sex ? C’est exactement cette idée. Je l’évoquerai dans un prochain article.

Exemple d’un des multiple livres sur le sujet. Osez le slow sex, par D. Richardson, A. Descombres, J-F Descombres.

 

Donc dans le tantra, on ritualise l’acte sexuel. On transforme la chambre en une sorte de temple (bougies, encens…). On peut d’abord prendre un bain par exemple. On va se dégager d’un objectif quel qu’il soit.

Dans le tantra le désir tient une place philosophique, il est le jeu libre de la conscience qui fait des expériences comme les enfants, un peu en toute innocence… juste pour le plaisir d’essayer. Il s’agit juste d’être conscient de la nature de ce désir sans le juger …

Par exemple, si je suis un peu tendu, anxieux, je peux  me masturber. Mais plutôt que de faire ça a en cachette vite fait, fais-le en pleine conscience, en prenant le temps! C’est comme quand tu as envie de fumer, fume, mais  essaye au moins d’en profiter haha !

Deuxième exemple, j’ai envie de cette personne parce que je serai très fier d’avoir une relation avec elle, elle est très belle, elle conforte mon estime de moi…. super,  j’en suis conscient et j’assume mon désir. Le tantra va chercher à prendre le désir à sa source plutôt qu’à l’épuiser dans la satisfaction par un objet. Le tantra dit ainsi que si tu es conscient que tu couches parce que c’est ton désir alors vas-y sans culpabilité,  réalise tes désirs et vois ce qui se passe. Y a-t-il plaisir ? Frustration ? Le tantra dit surtout d’être honnête avec soi-même et conscient de ses croyances et conditionnements.

 

L’orgasme dans le tantra

 

L’orgasme est l’état où on est le plus proche de l’expérience de la nature de la conscience selon le tantra. L’orgasme qui viendra suite à la conscientisation de l’acte sexuel, sera beaucoup plus fort que l’orgasme « classique ». Le tantra définit donc 2 types d’orgasmes :

  •     l’orgasme explosif de type éjaculatoire chez l’homme et pulsatif chez la femme qui dure quelques secondes. Il s’agit d’une tension puis… plus rien.
  •  l’orgasme dit de la vallée : d’après le tantrisme, ce serait un état océanique de jouissance qui va durer dans le temps – des minutes, des heures et même plusieurs jours ! On y accède  par paliers d’excitation successifs, par une alternance d’excitation puis de relaxation puis de nouveau excitation puis relaxation et ainsi de suite jusqu’à une  jouissance ultime. La jouissance arrive dans un état de relaxation. Ça peut paraître deux états opposés, et bien dans le tantra justement non. Cet orgasme est très puissant car tout le corps va être envahi d’une extase. Ainsi le tantra va prôner la rétention séminale, l’orgasme multiple  pour les femmes comme pour les hommes. Mais ceci doit être la conséquence du lâcher-prise et de l’abandon et non pas d’une recherche de performance.

 

Conclusion

 

Selon Deva le tantra repose sur une “sainte trinité” : Plaisir – Désir – Amour

Le tantra réhabilite la sexualité dans ce qu’elle a de plus simple et joyeux. La sexualité peut ainsi nous nourrir profondément.

Cependant la sexualité vue par le tantra est très très loin des normes culturelles patriarcales, pornographiques et pulsionnelles, c’est un long déconditionnement et apprentissage pour en arriver là.

Dans un prochain article, on parlera plus pratique en vous donnant quelques exercices basiques de tantra !

Merci beaucoup à Deva Broncy !

www.tantra-deva.fr

www.sexotherapie-paris.fr

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