Les pratiques bisexuelles sont plus répandues qu’on ne le pense

Bi, – Média –

 

Petit état des lieux des pratiques bisexuelles Par Félix Dusseau, sociologue

Nous avons vu dans un précédent article que les pratiques bisexuelles ne datent pas d’hier mais remontent aux origines mêmes de l’humanité. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Petit tour d’horizon des pratiques et des vécus bisexuels au XXIe siècle.

 

Avant d’aller plus loin…

 

On critique souvent les sociologues parce qu’ils « mettent les individus dans des cases » ou que leurs études ne rendraient pas compte de la totalité des expériences et des vécus des personnes. Coupons court aux critiques tout de suite : il est impossible pour moi, en tant que sociologue, de décrire avec précision toutes les façons singulières de vivre sa bisexualité, à moins d’interroger plus  de 7 milliards d’êtres humains. Les situations décrites ici ne visent pas tant à faire une liste exhaustive et définitive de ce qu’est et devrait être la bisexualité qu’à nous faire réfléchir sur nos façons de vivre nos sexualités (car elles sont plurielles), de les dire et de les ressentir. Rappelons qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise sexualité mais des possibilités, multiples et variées.

 

Bisexualités plurielles

 

Définir ce qu’est la bisexualité n’est pas simple. Si pour beaucoup l’hétérosexualité peut s’entendre comme l’attirance envers une personne de sexe différent et l’homosexualité comme une attirance vers une personne de même sexe, qu’en est-il pour les bisexuels ? De même que ces deux orientations sexuelles sont des catégories plus souples qu’on ne le pense de par la mobilité sexuelle et sentimentale des individus, la bisexualité est également une catégorie loin d’être homogène. Sous ce vocable, c’est même une infinité de variations et de situations qui se développent, se nouent et se défont au gré des rencontres, des changements personnels, économiques et relationnels ainsi que des interactions entre les individus.

Lors de mon étude sur les bisexualités, j’ai identifié plusieurs profils en fonction de deux échelles. La première concerne le degrés d’importance des pratiques bisexuelles dans la vie des individus, l’autre se base sur l’âge.

Avec la première échelle, quatre profils types se dégagent :

1. La bisexualité de pensée

Elle correspond aux individus ayant des attirances à l’opposé de l’orientation sexuelle initiale, comme dans le cas, par exemple, d’un homme homosexuel attiré par une femme. Cette attirance peut ne pas se réaliser pour plusieurs raisons comme l’absence d’opportunités, la pression du groupe ou du/de la partenaire, par appréhension ou peur de ne pas connaître les codes et les gestes à adopter tant dans la phase de séduction que dans l’intimité même.

2. La bisexualité à dimension sexuelle

Elle se caractérise par des pratiques sexuelles dénuées de toute volonté d’y ajouter une dimension conjugale. Ces pratiques peuvent être uniques, ponctuellement ou régulièrement répétées dans le temps mais garderont essentiellement leur dimension sexuelle, les individus étant avant tout sentimentalement attirés par un seul sexe/genre. Ce cas de figure peut soit avoir été longuement réfléchi à l’avance, soit spontané.

3. La bisexualité sexuelle avec mise en couple

On parle ici d’une bisexualité ayant débuté par des pratiques sexuelles avant de se transformer plus ou moins rapidement en mise en couple. La mise en couple est rarement un acte réfléchi et s’impose spontanément aux individus.

4. La bisexualité « totale »

Il s’agit ici du sens le plus communément admis lorsque l’on demande aux individus une définition de la bisexualité. Dans cette situation, les individus ont des rapports sexuels et sentimentaux avec des personnes des deux sexes sans différenciation et de manière équilibrée. Si ce cas n’est pas impossible, il reste plutôt rare, les personnes ayant des attirances qui varient avec le temps.

 

Si ces catégories sont intéressantes pour montrer la diversité des pratiques en matière de bisexualité, il serait trop facile d’en rester là. Il ne faut pas oublier que la sexualité – mais cela est aussi valable pour l’amour, la manière d’aborder les relations de couple ainsi que tout un tas de domaines – évolue, change et se modifie avec l’âge. Rappelez-vous la manière que vous aviez de faire l’amour lorsque vous avez découvert la sexualité et comparez cela à votre situation quelques années plus tard. Les choses auront changé. Dès lors les raisons du premier rapport ou de la première attirance bisexuelle, se produisent et se justifient différemment en fonction des périodes de la vie. J’en distingue 5 :

1. Période de l’enfance 

Pour Freud, les enfants possèdent des « pulsions sexuelles » inconscientes qui se manifestent dès les premiers âges de la vie et qui se développeront progressivement (Freud, 1989). Il est certain que les enfants ne perçoivent pas le monde à travers des catégories comme l’hétérosexualité, l’homosexualité ou la bisexualité. Il apparaît néanmoins qu’un certain nombre d’individus ont des pratiques bisexuelles pendant l’enfance, sans nécessairement en garder des souvenirs durables ou qui influenceront leur sexualité d’adulte.

2. Période de l’adolescence

Entre 11-12 et 18 ans l’individu construit sa sexualité et développe ses goûts et ses envies. La bisexualité à cet âge peut prendre la forme d’une simple attirance ou d’un passage à l’acte sans pour autant que la personne ne se revendique totalement bisexuelle par la suite.

3. Période « jeune adulte »

On entend ici essentiellement la période des études supérieures et/ou des premières années de vie professionnelle. L’individu est alors en pleine période d’apprentissage de l’indépendance et de construction de sa future vie d’adulte. Il se retrouve le plus souvent dans un milieu urbain et face à des modèles sociaux différents. Les pratiques bisexuelles lors de cette période peuvent être considérées comme de simples expériences sans conséquences pour l’avenir ou alors comme une confirmation ou une révélation de leur identité sexuelle.

4. Période post-adolescence et d’entrée dans la vie active

Entre 25 et 34 ans, l’individu se projette un peu plus sur le long terme notamment à cause de son entrée dans la vie active. Les pratiques bisexuelles à cette période peuvent être une réminiscence d’une jeunesse en train de s’éloigner ou un véritable changement de vie, induites par un refus des normes sociales ou à leur acceptation dans le cas du passage de l’homosexualité à l’hétérosexualité – ce qui est une forme de bisexualité, l’individu ayant eu des rapports et des relations avec les deux sexes.

5. Quarantaine et au-delà

On peut supposer que l’individu, ayant une vie sociale stable et se sentant plus à l’aise avec les normes et les valeurs sociales, est plus libre de vivre une sexualité ou une relation bisexuelle. Ce changement dans l’orientation ou la sexualité des individus n’est cependant pas toujours aisé du fait de leur environnement familial, professionnel et amical qui peut ne pas être très compréhensif.

Photo : ©LesPetitesLuxures

Bien sûr, comme je le mentionnais plus haut, ces catégories ne sont pas absolues et varient en fonction des expériences, des rencontres et des évolutions dans la vie des personnes. Les bisexualités sont plurielles et plus répandues qu’on ne pense. Dans un prochain article, nous verrons les chiffres des bisexualités en France ainsi que ce qu’impliquent concrètement de vivre une sexualité et/ou des relations amoureuses bisexuelles.

Félix Dusseau

 

Vous pouvez aussi lire des témoignages sur la bisexualité et même lire l’article scientifique complet de Félix.

PS: si vous avez aimé l’article, partagez-le, on n’est pas très connu encore et ça nous aiderait bien !

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